L'ablation
Roman

L’ablation, de Tahar Ben Jelloun

«Témoins vigilants, observateurs attentifs, il arrive parfois que les romanciers se voient confier des vies pour les raconter dans leurs livres. Ils font alors fonction d’écrivain public. C’est ce qui m’est arrivé il y a deux ans lorsqu’un ami, qui avait été opéré de la prostate, m’a demandé d’écrire l’histoire de son ablation.

Je l’ai écouté pendant des heures. Je l’ai accompagné dans ses pérégrinations hospitalières. Je suis devenu ami avec le professeur d’urologie qui le suivait. L’idée d’un livre s’est imposée peu à peu. Un livre utile qui rendrait service aux hommes qui subissent cette opération, mais aussi à leur entourage, leur femme, leurs enfants, leurs amis, qui ne savent comment réagir.

Mais la situation était délicate : fallait-il, comme le demandait mon ami, tout raconter, tout décrire, tout révéler? Après réflexion, j’ai choisi de tout dire.» Tahar Ben Jelloun.

Un mot de la blogueuse…

Pour ce chercheur en mathématiques de 56 ans, c’est arrivé sans prévenir… ou plutôt si… sa femme est décédée, voilà maintenant cinq ans…

Au fond de lui, il le sait, c’est après son départ que tout a commencé. A partir de cet instant, son corps s’est mis à souffrir…

Au début, il a commencé à ressentir une certaine gêne physique, et cela s’est transformé petit à petit en problème d’érection. Il n’en a parlé à personne. C’est un sujet gênant et difficile à aborder. Reclus dans sa pudeur, directement touché dans sa virilité et dans son intimité, il a réduit sa souffrance au silence… comme si, de cette façon, elle allait finir par partir d’elle-même…

Après une consultation auprès de son ami et médecin, celui-ci lui révèle une anomalie suspecte. Il lui annonce, après une série d’examens, qu’il est malheureusement atteint d’un cancer de la prostate. Le temps presse. Si sa maladie n’est pas prise en charge à temps, cela peut aller très vite. Pour sa santé, il est absolument nécessaire de pratiquer une ablation, appelée prostatectomie totale pour limiter les risques…

« Cancer… le mot est à peine prononcé. On vous parle de tumeur et pour soi, on fait un jeu de mots : tu meurs… » 

Son hygiène a toujours été irréprochable. Lui qui a toujours été en bonne santé, ne comprend pas ce qui lui arrive. Il se sent perdu… Cette amputation va lui faire perdre une partie de sa virilité. S’il prend cette décision, il ne sera plus jamais le même homme… Tout se bouscule dans sa tête, tout va trop vite… C’est une intervention délicate qui risque de changer radicalement sa vie.

« Ablation, n.f – action d’enlever entièrement ou partiellement un organe… enlever, retirer, soustraire dans le but de supprimer la méchanceté du mal, soulager et en subir les conséquences. Après, je serai un homme moins quelque chose. Un homme un peu, un tout petit peu abîmé. »

Il a besoin d’un soutien psychologique, car lui seul doit prendre cette décision.

Malgré toutes ses inquiétudes, il va accepter l’opération.

Après l’intervention, contraint de porter des protections urinaires, il est paralysé par la peur de ne plus rien contrôler. Il va se murer un temps dans la dépression. Cette opération est une véritable obsession. Il rêve ablation, vit ablation, pense ablation… Sa femme lui manque terriblement…

Doucement, il va commencer son travail de deuil et de réconciliation avec lui-même. Ainsi, il va réapprendre à vivre avec son corps…

Le mot de la fin…

« L’ablation » de Tahar Ben Jelloun est le récit intime d’un homme face au cancer de la prostate. C’est la description d’un combat contre cette maladie, dont on parle peu…  reflet de la souffrance de beaucoup d’hommes qui n’osent en parler, souvent par simple pudeur.

L’auteur a fait le choix d’écrire à la première personne, pour sensibiliser le lecteur à la vulnérabilité du patient.

Il nous décrit « l’avant » et « l’après » opération. Le récit est très court, très bien écrit, avec des mots justes, parfois crus mais sans tabou.

Le cancer de la prostate est l’équivalent du cancer du sein pour les femmes. Pour autant, ce livre n’est pas réservé seulement aux hommes, bien au contraire…

Salutations d’Exquimots !

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