Madame Diogène
Roman

Madame Diogène, d’Aurélien Delsaux

Madame Diogène ne vit pas dans un tonneau mais dans un appartement transformé en terrier. Elle y a accumulé au fil du temps des tombereaux d’immondices dont les remugles ont alerté les voisins. Elle n’en a cure, elle règne sur son domaine, observe le monde de sa fenêtre, en guette l’effondrement et le chaos. Elle sait qu’autre chose se prépare.

Plongée vertigineuse dans la folie, analyse minutieuse de la solitude radicale, ce premier roman d’Aurélien Delsaux explore avec une force et une maîtrise étonnantes un territoire aussi hallucinant qu’insoupçonné.

Un mot de la blogueuse…

« Elle est, elle, dans son trou sombre, blottie tout au fond du présent. Songeant aux minutes qui en elle, une à une, hautes comme des heures, s’effondrent. »

Madame Diogène est une vieille dame qui vit seule. Au fil du temps, son petit appartement est devenu sa tanière. Elle s’y sent en sécurité, protégée, par les remparts de déchets accumulés. Vivant au milieu d’immondices, elle se sent à l’abri dans son antre insalubre.

Mais de quoi a-t-elle peur… peur des autres… peur du monde extérieur ?

Cette angoisse, enfouie au plus profond de son âme, l’empêche de vivre décemment. Ce désordre, c’est le sien. Elle l’accumule depuis des années. Pour cette femme fragile, les déchets et la puanteur la rassurent. Ils font entièrement partie d’elle-même.

Ayant désormais perdu la notion du temps, elle se nourrit de ce qu’elle trouve et de qui demeure encore plus ou moins comestible.

Les voisins, de l’autre côté du palier, incommodés par l’odeur et les cafards, sont à bout. Ils voient maintenant en cette dame âgée, une vieille folle qu’il faut faire interner. Cette situation ne peut plus durer. Il en ont assez de cette odeur irrespirable, qui empuantit toute la cage d’escalier. Leur exaspération brouille leur esprit et remplace dorénavant la compassion par de la colère.

Si les éboueurs viennent à son domicile, Madame Diogène ne le supportera pas, elle le sait… Leur visite causera sa perte. Plongée dans l’obscurité, elle attend ce jour fatidique… le jour où le monde qu’elle s’est bâti risque de s’écrouler. A travers les carreaux sales de sa fenêtre, elle contemple l’insaisissable… le monde réel… si agressif. Si elle sort, elle en est persuadée, l’air pur va la tuer…

Le mot de la fin…

Aurélien Delsaux a volontairement choisi le titre de « Madame Diogène », du nom du philosophe grec. Ce penseur qui avait fait le choix de vivre dans un tonneau, totalement démuni de tous ses biens.

Ici, l’auteur décrit le syndrome mal connu de Diogène. Ce besoin compulsif de tout conserver, cette accumulation d’objets divers : boîtes, journaux, aliments, détritus, excréments… ce renforcement de collectionnisme morbide jusqu’à parvenir à se couper complètement du monde.

Ce premier roman est un gros coup de cœur. Aurélien Delsaux est une excellente plume. Il a su traiter avec justesse et humanité un sujet pourtant complexe, et peu connu.

Salutations d’Exquimots !

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