Les putes voilées n'iront jamais au paradis
Roman

Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! de Chahdortt Djavann

Ce roman vrai, puissant à couper le souffle, fait alterner le destin parallèle de deux gamines extraordinairement belles, séparées à l’âge de douze ans, et les témoignages d’outre-tombe de prostituées assassinées, pendues, lapidées en Iran.

Leurs voix authentiques, parfois crues et teintées d’humour noir, surprennent, choquent, bousculent préjugés et émotions, bouleversent. Ces femmes sont si vivantes qu’elles resteront à jamais dans notre mémoire.

À travers ce voyage au bout de l’enfer des mollahs, on comprend le non-dit de la folie islamiste : la haine de la chair, du corps féminin et du plaisir. L’obsession mâle de la sexualité et la tartuferie de ceux qui célèbrent la mort en criant « Allah Akbar ! » pour mieux lui imputer leurs crimes. 

Ici, la frontière entre la réalité et la fiction est aussi fine qu’un cheveu de femme.

Un mot de la blogueuse…

Direction le nord-est de l’Iran pour rejoindre Mashhad, la cité aux mille visages, considérée comme l’une des villes les plus religieuses et traditionnelles du pays.

Au petit matin, le cadavre d’une femme est retrouvé dans un caniveau, à la lisière de la ville. La malheureuse gît là… recouverte du traditionnel tchador.

Alertée par les cris d’une passante, la police se dirige vers le lieu du crime, mais ne se donne pas la peine de faire correctement son travail. Pour quoi faire ? Après tout, c’est chose courante. « Qui mènerait ici une enquête digne de ce nom pour une pauvre femme dont la vie ne valait que la moitié de celle d’un homme. » Je vous le demande…

Quelques instants plus tard, une foule commence à se former autour de la victime et les premières langues se délient. Le visage de cette pauvre femme est inconnu de tous. Il ne peut s’agir que d’une vulgaire prostituée qui n’a eu que ce qu’elle mérite. « Ce n’est pas un assassinat, c’est du nettoyage (…) Ce n’est pas un meurtre, c’est de la désinfection, de la purification. Enfin un homme qui a eu le courage de nous débarrasser d’une souillure ! » 

Deux jours après, un second corps est retrouvé tout près de l’endroit où le premier a été découvert. C’est celui d’une femme, également enveloppée de son tchador. Même constat, mêmes réactions de la part des habitants du quartier. Il ne peut s’agir que de l’oeuvre d’un héros qui s’est donné pour mission de débarrasser la ville de la vermine…

Le mot de la fin…

Ce livre raconte non pas une, mais toute une succession d’histoires plus tragiques les unes que les autres. Au fil des pages, on suit le destin de deux jeunes filles, du nom de Zahra et Soudabeh, prisonnières du tourbillon sans fin de leur misérable condition.

A la moitié du livre, Chahdortt Djavann interrompt son récit afin de nous expliquer pourquoi elle a écrit ce roman. Ce qui m’a beaucoup plu et m’a aidé à mieux comprendre cette intrigue décousue, au premier abord.

La deuxième partie de ce roman est constituée de témoignages de prostituées ayant toutes connues un sort funeste. Elles vont nous raconter leur histoire, d’outre-tombe.

Les putes voilées n’iront jamais au Paradis ! est un roman d’une grande noirceur, d’une grande violence, et malheureusement criant de vérité. L’auteur a volontairement écrit un roman très dur, très sombre, afin de dénoncer les nombreux travers de la société iranienne. Endoctrinée, celle-ci fait beaucoup de mal à des êtres qui n’ont rien demandés, et qui pourtant, subissent énormément d’atrocités.

Le ton est volontairement provocateur et cru pour renforcer l’indignation du lecteur. Avec moi, ça n’a pas loupé ! En lisant ces pages, j’ai été prise de dégoût et d’une immense colère à l’égard de tous ces hommes, aveuglés par leur bêtise et leur méchanceté. Comment une chose pareille peut encore exister de nos jours !!!

Comme le souligne l’auteur, le fait de tuer une prostituée est vécu comme un devoir de purification, et non comme un péché. Or, l’islam ne prône pas le meurtre. Beaucoup de personnes ont une mauvaise interprétation de l’Islam, ce qui conduit à des amalgames, et par conséquent, à des actes odieux. De plus, de nombreux fidèles sont manipulés par des intégristes religieux qui se forgent leur propre religion. A savoir, par exemple : tuer une prostituée, c’est bien ! Sauf que ce qu’ils oublient de dire, c’est qu’ils sont les premiers à les faire travailler… 

L’auteur met également le doigt sur l’incompétence de sa police, ainsi que son manque d’humanité envers le peuple.

Pour les plus courageux, voici un extrait des confidences de l’auteur :

« Ces femmes parlent avec une Liberté Totale, avec une Liberté Absolue. Sans la moindre crainte, puisqu’elles n’ont rien à perdre, puisqu’elles ont déjà tout perdu : leur vie. Assassinées, pendues ou lapidées.

Je vais exhumer ces femmes et les faire exister dans votre imaginaire pour le malheur des Ayatollah, et écrire noir sur blanc qu’elles n’étaient pas des souillures, que leurs vies n’étaient pas condamnables, et que leur sang n’était pas sans valeur. Qu’elles méritaient la vie et non pas la mort. Qu’elles n’étaient pas la honte de la société. Qu’elles n’étaient pas des coupables, mais des victimes assassinées. Des femmes mal nées, malmenées, mal loties, des femmes fortes, des femmes fragiles, vulnérables, sans défense, des femmes meurtries.

Des écorchées vives d’une société hypocrite, corrompue, et surtout criminelle jusque dans sa pudibonderie. Une société qui réprime, étouffe, pend, lapide, torture, assassine sous le voile. Je ne chercherai à les décrire ni comme des anges, ni comme des putains, ni comme de pures victimes. Mais comme des femmes. Des Femmes Étonnantes. Et ce livre sera leur sanctuaire. Leur mausolée. »

Si vous avez aimé ce roman, vous pouvez lire Big Daddy, dans un tout autre style.

Salutations d’Exquimots !

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